12 juin 2026 : une date marquante dans l’histoire, avec l’introduction officielle de SpaceX au Nasdaq, signant la plus grande IPO jamais réalisée. L’entreprise a levé 75 milliards de dollars à un prix d’émission de 135 dollars par action, atteignant une valorisation de 1 770 milliards de dollars. Lors de sa première journée de cotation, SpaceX a clôturé à 160,95 dollars par action, en hausse de 19,2 %, portant sa capitalisation boursière au-delà de 2 100 milliards de dollars.
Le même jour, ARK Invest, dirigé par Cathie Wood, a publié un rapport de transactions très attendu. Réputée pour ses paris sur « l’innovation disruptive », cette société de gestion d’actifs a acquis environ 3,29 millions d’actions SpaceX à travers plusieurs ETF le jour de l’introduction, mobilisant près de 443 millions de dollars. Parallèlement, ARK a fortement réduit ses positions dans des géants technologiques établis tels qu’AMD, Tesla, Baidu et Roku.
Il ne s’agissait pas d’un simple ajustement de portefeuille, mais d’une réallocation structurée : céder des actifs technologiques matures ayant déjà connu une forte appréciation pour concentrer le capital sur le nouveau leader coté de l’économie spatiale. Ce mouvement révèle plus que les choix de titres d’ARK ; il traduit une tendance de fond : le secteur spatial entre dans le champ d’action des investisseurs institutionnels.
Quelle était la feuille de route précise de cette réallocation de portefeuille ?
Les achats de SpaceX par ARK n’ont pas eu lieu sur le marché secondaire, mais via l’ARK Venture Fund, un véhicule d’investissement privé. Selon les registres de transactions confirmés au 13 juin : l’ARK Innovation ETF (ARKK) a acquis 1 690 839 actions, soit environ 3,28 % de son portefeuille ; l’ARK Autonomous Technology & Robotics ETF (ARKQ) a acheté 736 442 actions, représentant 2,65 % de son portefeuille ; l’ARK Space Exploration & Innovation ETF (ARKX) détenait 538 341 actions, soit 6,89 % de son portefeuille ; et la pondération de SpaceX dans l’ARK Venture Fund est montée à 11,38 %.
Les quatre ETF ont acquis simultanément le même titre, par le biais de placements privés et non sur le marché secondaire. Autrement dit, ARK avait sécurisé ces actions sur le marché privé avant l’IPO. Le prix d’acquisition a été fixé par négociation privée, et non selon les cotations publiques : ARK avait donc « réservé son ticket » avant l’introduction officielle de SpaceX.
Dans sa structuration, ARK ne s’est pas contentée de miser sur un seul thème, mais a réparti SpaceX dans quatre ETF selon des angles différents : ARKK, fonds phare de l’innovation, a pris la position la plus importante ; ARKX, spécialisé sur la thématique spatiale, a attribué à SpaceX la plus forte pondération de portefeuille ; ARKQ et ARKW sont venus compléter l’exposition via les axes robotique et internet de nouvelle génération. Cette allocation multi-thématique reflète la vision d’ARK qui considère SpaceX comme un actif fondamental, transversal à plusieurs filières d’innovation.
Que révèle la réduction simultanée d’AMD et Tesla sur la logique de réallocation d’ARK ?
Pour faire de la place à SpaceX, ARK a procédé à des allègements systématiques de ses positions existantes le même jour.
AMD a été la plus forte réduction. Par l’intermédiaire d’ARKQ, ARKW et ARKX, ARK a vendu au total 80 536 actions AMD, encaissant environ 39,3 millions de dollars. Cette tendance s’inscrit dans la continuité des semaines précédentes. Dès le 1er juin, les cinq ETF d’ARK avaient déjà réduit leur exposition à AMD de plus de 110 000 actions tout en augmentant de près de 300 000 actions leur position sur Nvidia. Au total, l’exposition d’ARK à AMD a été significativement réduite.
Concernant Tesla, ARK a cédé environ 39 850 actions pour un montant d’environ 15,9 millions de dollars. À noter que Tesla demeure la première ligne du fonds phare ARKK. Il s’agit donc d’un ajustement de taille de position, non d’une sortie totale.
Par ailleurs, ARK a vendu 98 835 actions Roku (environ 11,8 millions de dollars), 67 420 actions Baidu (environ 7,8 millions de dollars) et 50 700 actions Rocket Lab (environ 5,82 millions de dollars). La liste de cessions s’étend des semi-conducteurs à la conduite autonome, en passant par le streaming et la cybersécurité, traduisant une restructuration globale du portefeuille d’ARK.
Les actifs allégés – AMD, Tesla, Roku, Baidu, CrowdStrike, entre autres – sont pour la plupart des entreprises technologiques matures ayant déjà bénéficié d’un fort rebond de valorisation ces derniers trimestres. Les ventes d’ARK ne reflètent pas nécessairement une vision négative à long terme sur ces sociétés, mais s’inscrivent dans une logique « vendre haut, acheter nouveau » : réallouer les plus-values vers des actifs considérés comme au début d’un nouveau cycle de croissance.
Quel est le socle de valorisation d’ARK pour son pari sur SpaceX ?
La logique de valorisation d’ARK sur SpaceX ne repose pas sur la rentabilité actuelle.
En 2025, SpaceX a réalisé un chiffre d’affaires annuel d’environ 18,7 milliards de dollars, mais affichait une perte nette de 4,9 milliards, avec seule l’activité Starlink rentable. À la valorisation d’introduction de 1 770 milliards de dollars, le ratio cours/chiffre d’affaires de SpaceX atteignait près de 93x — un niveau difficile à justifier selon les standards financiers traditionnels. Pourtant, ARK revendique explicitement une approche différente.
Selon CNBC, ARK déclarait avant l’IPO que Starlink, à elle seule, pouvait justifier une valorisation de 2 000 milliards de dollars pour SpaceX, citant une croissance d’utilisateurs bien supérieure aux attentes — plus de 10 millions d’utilisateurs actifs, et un chiffre d’affaires 2026 projeté à plus de 20 milliards de dollars. Le marché mondial de la connectivité satellitaire est estimé à 160 milliards de dollars par an, et Starlink pourrait en capter une part significative.
Au-delà de Starlink, ARK identifie deux autres moteurs de croissance pour SpaceX. D’abord, Starship : une fois la technologie arrivée à maturité, elle pourrait faire baisser le coût des lancements spatiaux de plusieurs milliers de dollars par kilogramme à moins de 100 dollars, bouleversant la structure de coûts de l’économie spatiale. Ensuite, après la fusion avec xAI, SpaceX disposerait d’un potentiel dans l’infrastructure IA en orbite — ARK estime même que ce segment pourrait à terme dépasser Starlink en potentiel.
Sur cette base, les modèles internes d’ARK projettent la valorisation de SpaceX à moyen-long terme : environ 2 500 milliards de dollars de valeur d’entreprise dans le scénario central pour 2030, 3 100 milliards dans le scénario optimiste, et 1 700 milliards dans le scénario pessimiste. Autrement dit, même si le prix d’introduction reflète la borne basse du modèle d’ARK, le potentiel de hausse à long terme demeure significatif.
L’économie spatiale entre-t-elle dans le cœur de l’allocation institutionnelle ?
L’achat concentré de 443 millions de dollars par ARK a coïncidé avec l’IPO de SpaceX, mais sa logique d’investissement dépasse la fenêtre de cotation d’un seul titre. Plus globalement, cela pourrait traduire l’émergence de l’économie spatiale comme classe d’actifs à part entière dans les portefeuilles institutionnels.
Selon la 12ᵉ édition du « Space Economy Report » de Novaspace, l’économie spatiale mondiale a atteint 626 milliards de dollars en 2025 — soit le double d’il y a dix ans —, avec près de 78 % d’activité commerciale. McKinsey est encore plus optimiste, anticipant une croissance de 630 milliards de dollars en 2023 à 1 800 milliards en 2035.
La chaîne industrielle s’étend rapidement. Les secteurs clés incluent les services de lancement de fusées, l’internet satellitaire en orbite basse, l’observation commerciale de la Terre et la navigation par satellite. Parallèlement, de nouveaux domaines émergent : tourisme spatial, informatique spatiale, fabrication en orbite, services in-orbit, etc. Starlink compte désormais plus de 10 000 satellites en orbite, soit plus de 60 % du total mondial.
Il convient de noter que la trajectoire d’allocation institutionnelle de l’économie spatiale diffère structurellement de celle de l’IA. L’envolée de l’IA a été portée par des avancées majeures sur les grands modèles, avec une transition du concept à la valorisation en à peine deux ans sur les marchés. L’économie spatiale, elle, s’apparente davantage à une infrastructure : sa courbe de croissance est plus lente mais plus prévisible, et ses jalons de commercialisation (maturité des lanceurs réutilisables, déploiement de réseaux en orbite basse) sont davantage liés à l’ingénierie et nécessitent du capital patient.
L’allocation d’ARK offre un aperçu du positionnement institutionnel sur le secteur spatial. Toutefois, savoir si le pari concentré d’un acteur deviendra une tendance systémique dépendra de la conviction d’autres investisseurs que l’économie spatiale connaîtra une « revalorisation à la manière de l’IA » — autrement dit, que le marché intègrera la croissance future avant sa pleine concrétisation commerciale.
Comment la concentration du capital et la divergence de valorisation créent-elles une double contrainte ?
Une tension notable dans la stratégie récente d’ARK réside dans la pondération de 11,38 % sur une seule ligne, traduisant à la fois une forte conviction et un risque de concentration au niveau du fonds.
Au 31 mai, SpaceX représentait 11,38 % de l’actif net de l’ARK Venture Fund, soit la première position du fonds. Ce chiffre atteignait même 17,02 % au 31 mars. Concentrer plus d’un dixième de l’actif net sur une entreprise non cotée signifie que la performance post-IPO de SpaceX aura un impact direct et significatif sur la valeur liquidative du fonds.
Parallèlement, les estimations de valorisation de SpaceX à Wall Street sont extrêmement divergentes. Oppenheimer fixe un objectif de cours à 190 dollars, expliquant la valorisation ainsi : « Starlink ancre les flux de trésorerie, Starship maîtrise les coûts, et les data centers spatiaux IA constituent des options à long terme ». À l’inverse, CFRA a émis une recommandation de vente le jour de l’IPO avec un objectif de 115 dollars, avertissant que les profits de Starlink pourraient être absorbés par les besoins de financement de xAI et Starship. Nicolas Owens, analyste chez Morningstar, utilise un modèle d’actualisation des flux de trésorerie pour estimer la juste valeur de SpaceX à seulement 780 milliards de dollars, soit environ 60 dollars par action, estimant que xAI pourrait devenir un « destructeur de valeur ».
Le débat central porte sur la capacité de Starlink à soutenir deux projets massifs encore en phase d’investissement — le développement de Starship et l’expansion de l’infrastructure IA de xAI. Après l’acquisition de xAI par SpaceX en février 2026, le modèle d’affaires est passé de « aérospatial + communications » à « aérospatial + communications + IA », mais l’activité IA reste déficitaire et consomme beaucoup de liquidités. Le prospectus d’introduction précise que l’extension des capacités de calcul IA est un usage prioritaire des fonds levés, ce qui laisse supposer que les pertes pourraient perdurer à court terme.
La divergence fondamentale entre ARK et les analystes baissiers réside dans l’horizon de temps. ARK valorise SpaceX sur la base de projections à 2030, acceptant de payer une prime aujourd’hui pour la perspective « Starship mature + IA orbitale » ; les baissiers ancrent leur analyse sur les flux de trésorerie à moyen terme et jugent la valorisation excessive. Ces visions sont difficilement conciliables — elles relèvent de préférences temporelles et de modèles de risque différents, sans vérité absolue.
Conclusion
Le jour de l’IPO de SpaceX, ARK a acquis environ 3,29 millions d’actions pour 443 millions de dollars et réduit systématiquement ses positions sur AMD, Tesla et d’autres valeurs technologiques — un signal clair de rotation d’allocation d’actifs.
Dans le détail, il ne s’agissait ni d’un rééquilibrage passif d’indice, ni d’un simple ajustement marginal, mais d’une série de décisions proactives et directionnelles : céder des titres de semi-conducteurs, conduite autonome, streaming et cybersécurité ayant déjà fortement progressé, et concentrer le capital sur le nouveau leader coté de l’économie spatiale. AMD, après un rallye en mai, a continué d’être allégée, tandis que Tesla, bien que réduite, demeure la première ligne d’ARKK. Globalement, il s’agit d’une logique « vendre une partie des gains pour investir dans un nouveau récit », et non d’un rejet total des valeurs technologiques historiques.
À l’échelle sectorielle, cette allocation intervient alors que l’économie spatiale mondiale dépasse 620 milliards de dollars et pourrait atteindre 1 800 milliards à l’horizon 2035. La base d’utilisateurs de Starlink dépasse les 10 millions, la technologie des lanceurs réutilisables arrive à maturité, et le concept d’infrastructure IA orbitale devient tangible. Ces éléments offrent une base objective à l’économie spatiale comme thème d’allocation institutionnelle de long terme.
Cependant, la prise de position agressive d’ARK amplifie le débat central : la valorisation de SpaceX repose-t-elle sur les flux de trésorerie avérés de Starlink, ou sur les « options à long terme » que représentent Starship et xAI ? Les sceptiques jugent la valorisation excessive ; les optimistes acceptent de payer une prime en visant 2030. La validation par le marché dépendra du rythme de commercialisation de Starship, de la capacité de xAI à concrétiser les « data centers IA orbitaux » et de la croissance de Starlink pour soutenir les besoins de trésorerie du groupe.
Pour les investisseurs, la réallocation d’ARK n’est pas un signal d’investissement en soi, mais un cas d’école sur la façon dont les institutions valorisent le secteur spatial. Contrairement à la vague IA d’il y a trois ans, la trajectoire de croissance de l’économie spatiale dépend davantage de la construction d’infrastructures réelles que d’une percée technologique unique. Sa « revalorisation » pourrait donc être plus progressive, mettant à l’épreuve la patience du capital à long terme.
FAQ
Q1 : ARK a-t-elle acheté des actions SpaceX sur le marché secondaire le jour de l’IPO ?
Non. Les quelque 3,29 millions d’actions SpaceX acquises par ARK proviennent du canal de private equity de l’ARK Venture Fund. Il s’agissait essentiellement de placements privés pré-IPO convertis par la suite, et non d’actions achetées lors des enchères publiques sur le Nasdaq le jour de l’introduction.
Q2 : Combien d’actions AMD et Tesla ARK a-t-elle vendues ?
Le 12 juin, ARK a vendu environ 80 536 actions AMD via ARKQ, ARKW et ARKX, pour un montant d’environ 39,3 millions de dollars. Elle a également cédé environ 39 850 actions Tesla pour environ 15,9 millions de dollars. À noter que Tesla reste la première ligne du fonds phare ARKK ; cette réduction n’est donc pas une sortie totale.
Q3 : Pourquoi ARK est-elle aussi optimiste sur SpaceX ?
ARK identifie trois moteurs de croissance pour SpaceX : Starlink (activité rentable et validée, avec plus de 10 millions d’utilisateurs), Starship (qui pourrait faire baisser les coûts de lancement à moins de 100 dollars par kilogramme), et, après la fusion avec xAI, l’infrastructure IA orbitale. Les modèles internes d’ARK projettent une valorisation centrale d’environ 2 500 milliards de dollars pour SpaceX à l’horizon 2030.
Q4 : Comment l’action SpaceX s’est-elle comportée le jour de l’IPO ?
SpaceX est entrée au Nasdaq le 12 juin 2026 à 135 dollars par action, pour une valorisation de 1 770 milliards de dollars. Le titre a clôturé à 160,95 dollars, en hausse de 19,2 %, avec un plus haut intraday à 176,52 dollars, soit un gain de plus de 30 % au pic.
Q5 : Quelle est l’ampleur du désaccord sur la valorisation de SpaceX à Wall Street ?
Les objectifs de cours sur SpaceX à Wall Street varient fortement, de 60 à 190 dollars par action. Les optimistes (comme Oppenheimer) voient en SpaceX une opportunité de croissance « spatial + IA » unique ; les sceptiques (comme CFRA et Morningstar) estiment que la valorisation dépasse largement les fondamentaux, avertissant que xAI et Starship pourraient continuer à consommer de la trésorerie.
Q6 : Quelle est la taille de l’économie spatiale aujourd’hui ?
Selon la 12ᵉ édition du « Space Economy Report » de Novaspace, l’économie spatiale mondiale a atteint 626 milliards de dollars en 2025, soit le double d’il y a dix ans. McKinsey prévoit qu’elle atteindra 1 800 milliards de dollars d’ici 2035.




