
La Banque du Japon a annoncé en juin une hausse de son taux directeur à 1 %, atteignant pour la première fois ce niveau depuis 1995. D’après l’analyse de 137Labs, au cours des vingt dernières années, de vastes capitaux internationaux ont emprunté le yen japonais à un coût quasi nul, afin d’allouer ces fonds à des actifs à risque comme les actions technologiques américaines, les obligations des marchés émergents, les matières premières et l’immobilier mondial. Cette structure de « carry trade sur le yen » (Yen Carry Trade) fait partie des principales logiques sous-jacentes à la hausse des cours des actifs à l’échelle mondiale.
L’article de 137Labs analyse que le maintien pendant 30 ans de taux extrêmement bas au Japon ne résulte pas d’un choix délibéré, mais d’un équilibre formé sous l’effet de trois facteurs structurels :
Vieillissement démographique : la population totale du Japon a commencé à décroître après avoir atteint un pic en 2008. La part de la population en âge de travailler diminue, la croissance de la demande de consommation ralentit, la croissance économique potentielle baisse, et mécaniquement le rendement sur investissement tend à diminuer.
Faible inflation durable : entre 1998 et 2020, l’inflation moyenne du cœur de l’IPC au Japon a été inférieure à 1 %. Les entreprises manquent de motivation pour augmenter leurs prix et d’appétit pour accroître leurs investissements.
Taille de la dette publique : selon des données du FMI, la dette du gouvernement japonais dépasse désormais 250 % du PIB. Il s’agit du niveau le plus élevé parmi les principales économies développées du monde. Un taux extrêmement bas n’est donc pas seulement un outil de stimulation : c’est aussi une condition nécessaire au maintien de la stabilité budgétaire.
Le changement décisif qui pousse le Japon à entrer dans un cycle de hausse des taux est la formation d’une boucle vertueuse « salaires-inflation ». D’après les données des négociations salariales de printemps au Japon (shunto) : en 2024, la hausse des salaires atteint 5,1 %, en 2025 5,2 %, et en 2026 environ 5,26 %, portant sur trois années consécutives des hausses supérieures à 5 %, soit le plus haut niveau observé depuis des dizaines d’années.
Les données du ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales montrent qu’en avril 2026, les salaires nominaux ont progressé de 3,5 % sur un an, et que les salaires réels sont également en croissance continue. Les données du ministère japonais des Affaires générales confirment, de plus, que l’IPC de base a dépassé à plusieurs trimestres le niveau cible de 2 % fixé par la Banque du Japon.
La pression sur le change est aussi un autre facteur déclencheur de la hausse des taux : en 2024, le volume cumulé des interventions des autorités japonaises sur le marché des changes dépasse 11 000 milliards de yens, mais le yen reste faible, ce qui indique qu’il devient difficile de modifier les anticipations du marché en se reposant uniquement sur les interventions.
D’après l’analyse de 137Labs, la logique centrale du carry trade sur le yen est la suivante : emprunter des yens à un coût proche de zéro, les convertir en une devise offrant un rendement plus élevé, puis investir dans des bons du Trésor américain ou dans d’autres actifs à risque. Le différentiel de rendement produit alors des profits relativement stables ; en ajoutant de l’effet de levier, le rendement peut encore être amplifié. Les statistiques de la Banque des règlements internationaux (BIS) indiquent que le yen figure depuis longtemps parmi les trois premières monnaies mondiales en volume de transactions de change, et qu’une part substantielle sert aux besoins d’allocation des capitaux internationaux plutôt qu’à l’économie réelle japonaise.
Historiquement, que ce soit à la fin de la crise financière asiatique de 1998 ou durant la crise financière mondiale de 2008, le carry trade sur le yen a connu de vastes liquidations, entraînant une hausse rapide du yen et une augmentation notable de la volatilité sur les marchés mondiaux. 137Labs souligne qu’avec la hausse des taux au Japon, le coût de financement passe de 0,25 % à 1 %, soit un coût multiplié par quatre. Les investisseurs institutionnels doivent alors réévaluer leurs modèles d’effet de levier ; si un grand nombre d’institutions ajustent leurs positions en même temps, cela pourrait déclencher un effet de désendettement collectif.
D’après le cadre d’analyse de 137Labs, la sensibilité des marchés financiers ne concerne jamais le niveau actuel, mais la direction future. Au cours des vingt dernières années, le marché a forgé un consensus fondamental : « le Japon n’entrera jamais dans un cycle de hausse des taux ». Ce consensus a soutenu l’ensemble de la structure du carry trade sur le yen. Quand le consensus commence à vaciller, même si le niveau absolu de 1 % reste bas, cela signifie que les conditions qui soutiennent le carry trade sont en train de changer.
D’après les données de marché des changes citées dans l’article, le taux USD/JPY a passé la majeure partie du temps entre 150 et 160 de 2024 à 2026. L’analyse indique que tant que le différentiel de taux entre les États-Unis et le Japon reste supérieur à 3 points de pourcentage (taux américain au-dessus de 4 %, taux japonais à 1 %), les capitaux mondiaux continuent de privilégier les actifs libellés en dollars. La direction du change dépend finalement de la vitesse de variation du différentiel de taux entre les États-Unis et le Japon, plutôt que de l’ampleur absolue de la hausse au Japon.
D’après une enquête de Reuters, la plupart des institutions s’attendent à ce que le taux japonais atteigne environ 1,25 % d’ici fin 2026 et se rapproche ensuite de 1,5 % en 2027. L’analyse de 137Labs indique que le véritable point de bascule est le scénario « hausse des taux au Japon et baisse des taux aux États-Unis simultanées », ce qui entraînera un rétrécissement notable du différentiel entre les taux US et japonais. L’impact sur les flux de capitaux mondiaux pourrait alors dépasser de loin celui d’une hausse au Japon prise isolément.
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